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Gouvernance du Bénin : Gilbert Kouessi du Pcb répond à Roger Gbégnonvi

Gouvernance du Bénin : Gilbert Kouessi du Pcb répond à Roger Gbégnonvi

Le 23 septembre 2017, Roger Gbégnonvi a interpellé le Parti Communiste du Bénin sur ses choix politiques. La réaction des ténors du PCB ne s’est pas fait attendre. C’est Gilbert Kouessi qui s’en est chargé pour «éviter les petites et les grandes tricheries avec l’histoire».

 

 

 

Réflexion à propos de votre chronique du 23 septembre 2017

 

LETTRE A ROGER GBEGNONVI

 

        Bonjour Monsieur GBEGNONVI,

1)  Le 23 septembre 2017, j’ai reçu votre chronique qui arrive tous les samedis matin avec une régularité de métronome. Je vous en sais sincèrement gré de m’en avoir fait destinataire depuis quelques années, me permettant ainsi d’être parmi ceux qui en ont la primeur. Cette chronique qui est intitulée « Appel au Parti Communiste du Bénin », un Parti dont j’ai l’honneur d’être un des militants, suscite chez moi, beaucoup de remarques que je me permets de vous faire parvenir pour dissiper certains malentendus et permettre de mieux cerner certaines questions souvent embrouillées à dessein. C’est ainsi qu’on peut éviter les petites et les grandes tricheries avec l’histoire.

2)  Vous écrivez : « Le PCB a-t-il eu raison de boycotter la Conférence des Forces vives de la Nation en 1990 et, sur les brisées de ce boycott, a-t-il eu raison de rejeter l’offre à lui faite par le Président Soglo de participer au gouvernement en prenant en charge le ministère de la Justice ? A chaque fois, et d’un point de vue patriotique, le PCB a eu tort ». Dois-je vous rappeler que les faits évoqués datent de plus de vingt ans et que beaucoup de gens ne savent pas de quoi tout cela retourne ! L’honnêteté intellectuelle aurait été de rappeler les raisons évoquées et maintes fois soulignées par le PCB, du boycott de la Conférence nationale et du rejet de l’offre du président Soglo, et surtout d’autre part de juger si l’histoire n’a pas, oui ou non, donner raison au PCB. Le PCB a dit que la Conférence des Forces vives de la Nation telle qu’elle était conçue et préparée, était un marché de dupes, qu’elle avait pour mission de légaliser l’impunité des crimes politiques et économiques ; que les décisions qui ont été prises ne permettraient pas de répondre aux revendications pour lesquelles le peuple s’était battu pour le renversement du pouvoir du PRPB de Mathieu Kérékou. Quand en 1995, le PCB a scellé un accord avec Soglo parce qu’il voyait la possibilité pour Kérékou de revenir au pouvoir et qu’il fallait l’en empêcher, le président Soglo lui a demandé d’entrer au gouvernement en lui confiant le poste de ministre de la justice. Le PCB a subordonné son entrée au gouvernement à l’expulsion de Gbégan Antoine, le ministre de l’intérieur d’alors, un ministre de la terreur, agissant contre les travailleurs et la jeunesse, comme Toboula aujourd’hui avec le gouvernement TALON; Le Président Soglo n’ayant pas voulu, le PCB a décliné l’offre, refusant ainsi d’aller cautionner au sein d’un gouvernement, les actes d’un ministre brutal et répressif. La vie n’a-t-elle pas, malheureusement d’un point de vue patriotique, donné raison au PCB ?  Moi je crois que oui. En effet, le patriotisme ne signifie nullement aller cautionner les actes allant contre l’intérêt de la majorité de la population et donc du pays, mais d’avoir le courage de s’opposer à de tels actes quel qu’en soit le prix.

Le régime du  Renouveau Démocratique, à part la parenthèse du mandat du Président SOGLO à propos de laquelle il y a beaucoup à dire par ailleurs, nous a gratifiés de 10 ans calamiteux de pouvoir de Kérékou et de 10 ans similaires du régime du changement-refondation. Aujourd’hui, il a fini sa mission et le peuple béninois va de désillusion en désespoir. Ne l’avez-vous pas d’ailleurs écrit vous-même le samedi 2 avril 2016 dans une vos chroniques à la veille de la prise de fonction de Patrice TALON ? : « Talon doit le savoir, le peuple béninois est aujourd’hui saturé de déceptions, de frustrations, de désillusions. Vraiment saturé. Une de plus, et ça ne passe plus, ça craque, ça casse. Rupture ou cassure, il faut choisir. » Quelle est donc d’après vous la situation dans le pays aujourd’hui, si ce n’est la désillusion généralisée qui devrait donc entrainer normalement selon vos prévisions une cassure !

3)  Vous écrivez : « Le temps est révolu des révolutions à la Robespierre où à la Lénine. Le pouvoir est désormais à conquérir dans les urnes, quels que soient les défauts de ce système. » Depuis quand ce temps est-il révolu ? vous n’en dites rien ; or après Robespierre, après Lénine, il y a eu les révolutions en Chine, au Viêt-Nam, à Cuba. Et dans notre propre pays nous avons vu comment le peuple n’a pas attendu la fin du mandat du premier gouvernement d’après l’indépendance pour le renvoyer par un soulèvement populaire en octobre 1963. Je me souviens que dans une de vos interventions sur radio Soleil concernant le pouvoir de YAYI BONI, vous avez déclaré que le pouvoir du changement n’a duré que 6 mois concernant les attentes du peuple ; après cela, tout s’est dégradé ; et vous mettiez en garde le Président TALON contre cette dérive, en lui promettant que si cela arrivait, il partirait après deux ans de pouvoir. Permettez-moi de vous poser une question. Comment comptiez-vous faire partir le Président Talon après deux ans de pouvoir, puisqu’aucune consultation par les urnes n’est prévue deux ans après son élection ? Si on veut le faire partir donc, ne pensez-vous pas que c’est nécessairement par des voies en dehors des urnes ! Moi je pense que c’est bien cela, et le peuple en a le droit, puisque c’est lui qui décide en dernier ressort.

« Le pouvoir est désormais à conquérir dans les urnes, quels que soient les défauts de ce système » dites- vous. Tout béninois qui a connu le régime du PRPB, et surtout vous et moi qui avons un certain âge, savons que Kérékou organisait des élections qu’il gagnait régulièrement, qu’il a été réélu en juin 1989 par les urnes, mais qu’il a fallu la grande marche du 11 décembre 1989 pour mettre fin à son régime six mois après. En fait, les urnes ne consacrent que le système en place, mais ne le changent pas ; tout nouveau système se met en place avant tout, par une révolution. Tout collégien qui a entendu parler du système de l’apartheid en Afrique du Sud sait qu’il a fallu le renverser d’abord pour que Mandela puisse prendre le pouvoir par les urnes ; que les burkinabè et maintenant les togolais ont su que les urnes ne maintiennent au pouvoir que les Compaoré et les Gnansigné. Robespierre et Lénine, par leurs luttes pour renverser des monarques de leur temps, ont enseigné aux peuples que l’insurrection est la seule manière pour renverser les systèmes d’exploitation, d’oppression, de corruption, d’impunité. Le régime du Renouveau dit démocratique où les urnes ont montré que pour se faire élire, il faut voler l’argent public qu’on distribue aux pauvres populations pendant les élections, que pour se faire élire maire, il faut distribuer de l’argent aux conseillers, de même pour remplacer un maire, il faut acheter les conseillers comme vous l’avez reconnu vous-même concernant la commune de Ouidah, ce régime de pourriture et de corruption  a terminé sa course. Il faut un autre régime, il faut une nouvelle légalité. Des révoltions ont échoué, mais l’histoire n’a jamais démenti que pour renverser un système d’oppression, il faut en fin de compte le faire, non pas les urnes, mais par le soulèvement populaire.

4)  Dans la logique de l’attachement à la voie des urnes, vous écrivez : « Ceux qui refusent les urnes entrent en révolte contre l’Etat. Mais Boko Haram au Nigeria, le Sentier Lumineux au Pérou, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, etc., répandent crimes, massacres et deuils, pour rien, avant de revenir de l’illusion du pouvoir politique confié aux plus démunis de la société. Du romantisme délirant et sanglant » ! J’ose croire que vous ne faites pas allusion au PCB en évoquant tous ces exemples. Tout le monde sait au Bénin, que le Parti qui a le plus subi la terreur d’Etat dans notre pays, c’est le PCB. Plusieurs militants assassinés, torturés, contraints à l’exil ; beaucoup dont on a brisé la vie ; plusieurs militants à qui on a refusé et à qui on continue de refuser leur dû. Personne n’a jamais dit dans ce pays que le PCB a tué quelqu’un ne serait-ce même que par vengeance ! Le PCB n’a jamais prôné le terrorisme qu’il considère comme une voie sans issue. Pour sa lutte, il s’appuie sur le peuple et compte sur sa force. C’est pourquoi aujourd’hui, constatant la faillite du régime du Renouveau Démocratique, il réclame à cor et à cri, la réunion des Etats Généraux pour se pencher sur la situation catastrophique du pays. Ce sont là des choses qu’il faut rappeler, si nous ne voulons pas tricher avec la vérité et induire les gens en erreur.

5)  Toujours dans votre chronique, vous écrivez : « En toute sagesse donc, la Conférence des Forces vives a débouché sur ce que le PCB méprise et appelle démocratie bourgeoise ou petite-bourgeoise qui, au Parlement et au Gouvernement, ne fait même pas une part symbolique à notre vaste paysannat ni à notre petit mais remuant prolétariat citadin. A supposer d’ailleurs que ces deux catégories de la société puissent s’entendre pour gouverner, où les a-t-on jamais vues longtemps au pouvoir, ensemble ou séparément ? L’ouvrier Lech Walesa au pouvoir à Varsovie fut comme une désagréable surprise vite effacée par le général putschiste Jaruzelski aux ordres du Kremlin marxiste. En dehors de tout romantisme, à l’heure où, partout dans le monde, le maître-mot de la gouvernance, ce sont les relations internationales, quel intérêt aurait le Bénin à confier sa jeune démocratie à ses paysans analphabètes et à ses ouvriers très mal alphabétisés? » En dehors du fait historique erroné qui fait croire que Jaruzelki a chassé Lech Walessa du pouvoir, alors qu’en réalité Lech Walesa est venu au pouvoir bien après la chute de Jaruzelki et est parti normalement à la fin de mandat, je dois vous avouer que je ne comprends pas grand-chose à cette longue tirade, (et c’est parce que je suis poli que je ne parle pas de charabia politique) ; mais je devine que peut-être c’est parce que  le PCB parle du pouvoir du peuple et surtout du pouvoir des ouvriers et des paysans. D’abord, pour un ancien ministre qui plus est chargé de l’alphabétisation et des langues nationales, il n’est pas normal de parler des ouvriers et des paysans en ces termes ; car voilà encore une des plaies de notre système de gouvernance après 60 ans d’indépendance, ce qui devait être la priorité de nos gouvernements, puisqu’on n’a jamais vu un pays se développer avec un taux d’analphabétisme aussi élevé, sans compter que toute la population est analphabète dans ses langues nationales. Ceci mis à part, quand on parle de pouvoir de telle ou telle classe, on ne parle pas d’individus mais de l’idéologie au pouvoir, des intérêts de classe que ce pouvoir représente et défend. Il ne vous a pas échappé que ni Marx, ni Lénine, ni Fidel Castro ne sont des ouvriers. Cela ne les a pas empêché de mettre en avant les intérêts de classe des ouvriers et des paysans. Je prends l’exemple des clubs électoraux de notre pays qui sont des caricatures de partis politiques ; ils parlent soi-disant au nom du peuple ; mais tout le monde voit que ce sont pour la plupart, des partis politiques de la haute-bourgeoisie. Celui qui a le plus exprimé cette position lors des dernières élections présidentielles, c’est Adrien HOUNGBEDJI. Quand il dit : « le PRD ne veut plus faire l’opposition parce que nos militants (sic) nous disent qu’à force de faire l’opposition, ils n’ont plus de marchés » ; en parlant de « nos militants », croyez-vous qu’il parle du paysan d’Avrankou ou de Dangbo ? Non il parle des hommes d’affaires qui se servent du Parti pour avoir des marchés et qui sont, ceux qui décident des véritables orientations du Parti. Ne serait-ce pas là, les dessous du scandale en cours concernant le dossier OFMAS ?

6)  Enfin, vous terminez votre chronique en écrivant : « Ces considérations autorisent à faire appel au Pati Communiste du Bénin pour qu’il coopère. Un parti politique, non élitiste, ne doit pas s’user en textes pour un peuple à qui nul n’a appris à lire et à écrire aucune des langues du monde. (C’est ce que vous deviez faire quand Le Président YAYI vous avait appelé au gouvernement APN K.G). Le marxisme fut un moment de l’histoire, et l’on ne saurait s’y arrêter comme moment définitif, comme ‘‘la fin de l’histoire’’. Oh que non ! Quant au socialisme, il reste un idéal toujours à atteindre. En marchant. Il sied donc au Parti Communiste du Bénin de marcher avec le Bénin et sa démocratie en marche ».  Petit rappel ; le marxisme est une conception du monde, une méthode d’analyse, une science économique, politique, une philosophie. C’est en s’appuyant sur ce puissant instrument d’analyse que le PCB tient debout depuis près de 40 ans. C’est grâce à cet instrument d’analyse que nous savons par exemple que, parler de l’avènement d’un régime socialiste ou communiste dans un pays arriéré comme le Bénin est une grosse ineptie. Au Bénin où il n’y a pas de grosses industries, où l’économie est extravertie avec la production de matières premières non transformées avant exportation, où l’appareil d’état est gangréné par la corruption, il faut d’abord un gouvernement patriotique et de probité. Ce qu’il faut avec un tel gouvernement, c’est d’une part, la lutte implacable contre l’impunité et d’autre part, le contrôle populaire de la gestion du bien public. Alors,  la fonction d’Etat sera un sacerdoce, et non un cadeau dont il faut profiter au maximum ; avec un tel pouvoir, on ne verra plus des directeurs de sociétés publiques, ministres, aller dans leurs communes pour remercier le Président de les avoir nommés ou d’aller vanter les mérites d’un PAG fantomatique et fuyant. Un tel régime aura pour tâche, de jeter les bases de l’industrialisation rapide en supprimant les freins actuels à l’investissement public et privé dans le pays. Contrairement au  pouvoir de Patrice TALON qui est caractérisé par l’opacité dans la gestion, les marchés de gré à gré et les nominations de complaisance. Ce pouvoir travaillera dans la transparence et tout contrevenant sera sévèrement puni.

7)  C’est au vu de cette situation, et du constat que le régime du renouveau démocratique a épuisé toutes ses ressources, que le PCB appelle à la tenue des Etats généraux ou Assisses Nationales pour assoir les bases d’un pouvoir patriotique et de probité.

Cordialement

Cotonou, le 27 septembre 2017

KOUESSI Gilbert

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