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Démocratie dans la divergence et l’apaisement : les appréhensions et propositions de Léonce Houngbadji

Démocratie dans la divergence et l’apaisement : les appréhensions et propositions de Léonce Houngbadji

Les Cinquièmes Entretiens Politiques de l’Association Béninoise de Droit Constitutionnel et de la Fondation Hanns Seidel se sont déroulés ce jeudi 05 octobre 2017. Ces entretiens politiques, qui avaient pour thème : «La démocratie béninoise à l’épreuve des antagonismes politiques : comment faire grandir la démocratie dans la divergence et l’apaisement», se sont déroulés dans la salle de conférence du Centre de documentation et d’information juridique situé dans les locaux de la Cour d’Appel de Cotonou.

L’Association Béninoise de Droit Constitutionnel et la Fondation Hanns Seidel ont honoré le Parti pour la Libération du Peuple (PLP) en invitant son Président à prendre part à ces entretiens. Léonce HOUNGBADJI, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a assisté donc aux échanges. Mais il n’a pas pu suivre les travaux jusqu’à la fin en raison de l’assemblée générale du Front pour le Sursaut Patriotique (FSP) qui se déroulerait presque au même moment à la Bourse du Travail. Voici sa réflexion sur la thématique.

 

«La démocratie béninoise à l’épreuve des antagonismes politiques : comment faire grandir la démocratie dans la divergence et l’apaisement»

 

 

 

 

 

Le principe d’une société de liberté, de responsabilité et de justice est la démocratie. Une démocratie doit être fondée sur la recherche constante de plus de transparence, d’exemplarité et d’honnêteté. Aujourd’hui, c’est connu que notre démocratie est prise en otage, par conséquent elle n'est plus exemplaire.

La démocratie rejette la violence des mots et des comportements, elle affirme la primauté de la raison et de l’argumentation. Elle favorise les débats sains, sereins et constructifs. Elle rejette la rage, la ruse, les intimidations, la violence verbale ou physique, la haine, l’arrogance, le mépris, les réformes institutionnelles taillées sur mesure et les complots contre les opposants.

La pluralité des expressions est une valeur démocratique immuable et non transgressive. Elle se traduit par un pluralisme politique et médiatique qui garantit la liberté de pensée, la liberté d’opinion, l’émancipation des citoyens en fonction de leurs choix politiques respectifs. Aujourd’hui, que constatons-nous dans notre pays ? La presse est muselée; les principales forces politiques, sociales et syndicales considérées comme insoumises au système sont interdites d’accès à plusieurs médias; une terreur s’est installée dans le pays pour décourager toutes les voix critiques. Nous ne sommes plus en démocratie. C’est la dictature qui nous dicte sa loi.

La démocratie exige le respect scrupuleux des droits de la personne humaine. Aujourd’hui, les droits de l’homme sont violés avec les arrestations arbitraires (le dernier cas est le capitaine Patrice Trèkpo mis aux arrêts de rigueur pour 60 jours à cause de ses opinions). Il y a également le cas du jeune artiste «Animalito» qui, pour avoir exprimé la colère noire du peuple béninois dans plusieurs de ses chansons, est actuellement persécuté. Son studio a été dépouillé à Cocotomey et il est obligé de vivre clandestinement auprès des parents et amis.

Le pilier vivifiant de la démocratie est celui de la séparation des pouvoirs telle que prévue dans la lettre et l’esprit de la Constitution du 11 décembre 1990 (exécutif, législatif, judiciaire). C’est un secret de polichinelle que les institutions de la République sont devenues des caisses de résonance, des chambres d’enregistrement du régime. Quand Talon dit «piiiiii», Houngbédji répond «pan» et les autres renchérissent en disant «ananananan». La politique devrait se faire avec élégance et humilité.

La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. C’est le pouvoir du peuple. Aujourd’hui, le peuple béninois est complètement ignoré, méprisé, abandonné, traqué, humilié, divisé. On dirait que le gouvernement travaille pour un autre peuple, puisque toutes les décisions prises vont directement à l’encontre du peuple, sur le plan social, économique, politique, sur le plan des libertés avec le vote de lois liberticides et scélérates.

La démocratie doit pouvoir s’équilibrer entre mouvance et opposition, avec le bon fonctionnement des institutions de la République, le respect de la Constitution, le respect des décisions de justice et de celles de la Cour Constitutionnelle. Nous en sommes très loin aujourd'hui avec la destitution des maires qui refusent de faire allégeance au régime et la création de regroupements à caractère régionaliste.  

Ce tableau très préoccupant de notre échiquier politique et institutionnel nous renseigne sur une déviance de notre démocratie: son état de décomposition, qui ne peut qu’alarmer ceux qui aiment la liberté.

Faire grandir la démocratie dans la divergence et l’apaisement passe d’abord et surtout par le respect du peuple, la considération du peuple, le respect des institutions de la République, le respect de la Constitution, le respect des décisions de justice et le dialogue politique et social permanent pour régler, de façon consensuelle, les questions essentielles de la République.

L’apaisement est bien possible. C’est même le souhait de l’opposition. Mais la balle est dans le camp du pouvoir, qui reste sourd à l’appel au dialogue de l’opposition et réprime la moindre contradiction.

La démocratie béninoise a besoin d'un nouveau souffle. Seul un dialogue politique national permettra de revoir ses fondements.

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